Lady Gaga dans Attitude Magazine

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Lady Gaga fera la couverture de la revue anglaise Attitude Magazine du mois de décembre. Elle sortira le 13 novembre prochain au Royaume-Uni mais vous pouvez dès à présent pré-commander votre exemplaire (N°238) sur internet en cliquant sur ce lien.

MAJ (09/11/13) : Une nouvelle photo provenant du magazine a été publiée !

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MAJ du 20/11 : Retrouvez l’interview complète traduite en français ci-dessous!

Lire l'interview

Alors que la pop star la plus flamboyante au monde sort son troisième album ARTPOP, elle accueille ATTITUDE en exclusivité non seulement pour sa seule interview pour la presse gay, mais aussi pour sa seule interview dans un magazine anglais cette année.
 
Interview par Matthiew Todd
 
Le concierge pense que je suis un risque pour la sécurité. Ils pensent que je suis un fou qui a traversé l’énorme foule de fans à l’extérieur de l’hôtel londonien où réside Lady Gaga la veille de la présentation de ses nouvelles chansons à l’iTunes Festival. Il est tellement suspicieux qu’il m’accompagne jusqu’à la suite et se relaxe seulement lorsque l’attaché de presse de Gaga ne crie pas en ouvrant la porte. Il a raison d’être en alerte. Peu de personnes provoquent autant de fortes réactions que Lady Gaga. Personne n’a explosé de manière aussi massive dans la conscience du public ces cinq dernières années ou coché la case ‘icône grand public’ comme elle l’a fait, depuis… eh bien, à vrai dire, Madonna. Bien sûr, il y a les Britney, Katy, et toutes sortes d’incroyables propositions pop, mais personne comme Gaga, dont la philosophie complète fait autant partie du boulot que la musique, et qui a plu tellement à la sensibilité gay.
Tout n’a toujours pas marché comme sur des roulettes cependant. Son second album Born This Way, sorti en 2011, était un hymne à la gloire de la non-discrimination, avec des paroles faisant « peu importe que tu sois gay, hétéro ou bi, lesbienne, transgenre, je suis sur la bonne voie bébé, je suis née pour survivre. » Cela ne s’est pas terminé sur le vinyle. Gaga, comme aucune autre pop star de ces dernières années, a parlé pour soutenir les droits LGBT d’une manière spécifique, passionnée, consistante et activement politique. Aux MTV Video Music Awards de 2010, elle a posé dans une robe en viande avec des soldats LGBT hommes et femmes, dans une tentative d’attirer l’attention sur le besoin d’abroger la loi militaire du ‘Don’t Ask Don’t Tell’ aux Etats-Unis. Elle a assisté à Washington au Rassemblement pour les Droits des Gays en 2009, où elle n’a pas seulement exprimé son soutien, mais où elle a fait un discours informé et intelligent, qui a culminé avec ses cris lorsqu’elle s’est adressée au Président « EST-CE QUE VOUS ECOUTEZ ? » Plus tard, lorsqu’elle a fait une performance à la Maison Blanche pour un évènement sur les droits des LGBT, le Président a fait référence à elle avec un sourire et une étincelle dans les yeux par un « votre leader, Lady Gaga. » Son premier concert après son opération de la hanche cette année a eu lieu à la New York Pride, où elle a chanté The Star Spangled Banner en l’honneur des mouvements américains en faveur des mariages entre personnes du même sexe. Il y a cependant eu une réaction négative de la part de certains fans gays, quelque chose d’apparemment fondé sur la notion que tu n’es pas une icône gay tant que la communauté ne dit pas que tu l’es. Cela met en lumière l’un des paradoxes de notre époque : les mouvements politiques ont besoin du soutien des célébrités pour avoir de l’antenne, cependant les célébrités sont critiquées lorsqu’elles ne s’engagent pas et sont accusées de faire leur publicité lorsqu’elles le font. Dans le cas de Gaga, nous semblons avoir oublié que ‘sois provocateur, va jouer dans les clubs gay’ est en haut du livre ‘Marketing pour les Gays’, alors que ‘construis une fondation pour soutenir les jeunes, parle à des rassemblements politiques et critique le Président’ ne l’est pas.
Voir les superstars en chair et en os met généralement les gens à l’aise ; cela les humanise. Mais la personne devant moi en immenses talons à plateformes, lunettes de soleil – qu’elle enlève quand nous parlons – et des oreilles de Mickey Mouse, ça c’est Lady Gaga. (Son attaché de presse me dira plus tard qu’il ne la jamais vue autrement). C’est comme rencontrer quelqu’un sorti de l’écran, un clown presque, un personnage ; comme si elle était tout juste sortie d’une bande-dessinée. Elle me prend dans ses bras et nous nous asseyons pour parler de son nouvel album ARTPOP au sujet duquel elle est tellement excitée qu’elle pourrait « vomir dans les toilettes, comme d’habitude » au moment de sa sortie, « mais je serais aussi soulagée. »
« ARTPOP est très différent » me dit-elle. « Il y a vraiment des bombes électroniques. Je n’avais jamais fait un album qui soit comme une soirée dans un club avec moi, mais le voici. » Lorsque je parle des rumeurs de titres des chansons dont les fans parlent sur Internet, elle pousse un cri perçant « J’adore quand ils font ça ! » Puis elle s’arrête, mortellement sérieuse, et me regarde dans les yeux. « Comment vas-tu au fait ? Tu passes une bonne journée ou pas ? » Je lui dis que je passe une bonne journée et que je suis ravi de la rencontrer.
« Oh c’est bien, » dit-elle. « Je veux que tu me demandes tout ce que tu veux. »
Alors on en vient aux trucs gays.
 
Alors que tu sors cet album, comment te sens-tu par rapport à ta connexion avec la communauté gay en ce moment ?
Je me sens bien. Je me sens forte. Je me sens très forte pour la jeune communauté gay. Parce que c’est quelque chose que j’ai ressenti très tôt de leur part. Tu dois imaginer que j’ai en fait grandi avec mes fans. Mes super fans ; les vrais Little Monsters, je les connais en fait. Je les reconnais dans chaque pays où je vais et je les vois grandir un peu chaque année. J’ai vraiment senti ce besoin d’acceptation très tôt lorsque je performais. C’était en fait encore plus fort pour moi lorsque j’ai voyagé pour le Born This Way Ball. Ecoute, il y aura toujours dans chaque communauté, gay, hétéro, bi – cela n’a pas d’importance, il y aura toujours des gens qui aiment et d’autres qui n’aiment pas, n’est-ce pas ? Je ne fais pas de musique pour la communauté gay, j’ai juste beaucoup d’influences de cette communauté car c’est là que j’ai grandi. Je n’avais pas beaucoup d’amis hétéros.
 
Vraiment ?
Non ! J’étais dans une école de théâtre ! Il n’y avait que mes amis gays et les filles du théâtre. J’ai grandi dans cette espèce d’espace et c’est la même chose maintenant. Tous mes amis, la plupart des gens qui sont ici, sont gays. Je me sens plus forte car j’ai vraiment fait le choix avec Born This Way de faire un album sur ce qui est important pour moi en tant qu’être humain, indépendamment de la pop star. J’ai eu un tel succès avec The Fame, un tel succès avec The Fame Monster, qu’au moment de Born This Way, j’étais vraiment très bouleversée par mon succès. Je ne ressentais pas le besoin d’avoir plus d’argent, ou d’être encore plus célèbre, ou de gagner plus d’attention ; j’avais déjà tout ça. Ce que je voulais faire c’est un disque qui parle des choses qui sont importantes pour moi, de manière à me mettre en capsule, moi à 19 ans dans le Lower East Side trainant avec tous mes amis, amenant mes amis gays dans des clubs de métal et amenant mes amis du métal dans des clubs gays et d’une certaine manière nous allions tous bien ensembles. Et c’est ce que représentait la tournée. Nous avons joué dans des stades partout dans le monde. Nous n’avons pas pu finir en Amérique. Toute la presse a rabattu pendant des siècles : « Oh elle n’a pas vendu assez de tickets, c’est pour ça qu’elle ne finit pas la tournée. » Les gens impriment des mensonges. Ce sont des mensonges ! Cela ne me dérange pas car je sais que les gens savent qu’ils lisent parfois des mensonges, mais je veux que les fans sachent et qu’ils soient confiants dans ce que nous avons fait ensemble à ce moment-là. Grâce à eux, je sais que nous avons changé la vie de beaucoup de gens ; pas le monde entier, pas toutes les personnes dans la communauté LGBT. [Elle fait une pause] Je n’ai jamais, jamais, proclamé que je suis un magnat de quelque façon que ce soit. J’apporte juste ma contribution comme n’importe quelle autre personne. Regarder ce que cela signifiait pour eux [ses fans], les lettres que j’ai lues, leurs histoires, sur la manière dont ils ont été capables de parler à leurs parents et de maintenant vivre heureux chaque jour car ils n’ont pas à vivre dans la peur. Lorsque je suis allée en Russie, j’ai pleuré sur la scène pendant tout le show. C’était juste un sentiment accablant. Je veux dire, je suis bisexuelle, je l’ai déjà dit, je le redirai. Je n’ai pas besoin – désolée si c’est un peu vulgaire – je n’ai pas besoin de bouffer une chatte devant le monde entier pour que les gens me prennent au sérieux.
 
Ça serait sympa…
Exact. Vous pouvez le croire ou non, c’est comme ça, je suis honnête. Je ne dis pas ça pour faire de la controverse ; me voici, vous m’avez, c’est à prendre ou à laisser. Je sais que je ne suis pas que lesbienne – j’ai un petit ami – mais tous mes amis sont dans cette communauté. C’est la seule communauté qui m’ait jamais acceptée. Ils m’ont fait me sentir forte ; ils m’ont fait me sentir puissante, ils m’ont fait sentir que je pouvais être bizarre et intéressante et tout allait bien car ils pensaient que c’était génial. Sans ça je ne serais pas là et je me battrai pour mes amis jusqu’à ma mort parce que c’est ce que je suis et c’est ce en quoi je crois. Et je me contrefous de ce qu’une personne cynique pour dire de ça car l’amour, c’est l’amour.
 
Etre aussi politique est relativement risqué face au grand public. Ce que j’aime vraiment chez toi, c’est que tu t’es rendue à des rassemblements, tu as joint le geste à la parole. Il y a beaucoup de pop stars avec des fan bases gays mais je n’en vois pas beaucoup qui ont été aussi actives et qui se sont autant exprimées que tu le fais…
C’est juste que cela ne m’intéresse pas. Si je dois être numéro 4 ou 3 ou 2 ou numéro 10 dans les charts car je parle de quelque chose en laquelle je crois, ainsi soit-il. Tu sais ce qui est plus important pour moi que ma position dans les charts ? L’Humanité. On me donne une voix dans ce monde. Je n’arrive pas à y croire. J’ai travaillé toute ma vie pour être capable de vendre des tickets pour un show, durant lequel je performe sur scène et j’ai des gens qui veulent m’écouter. D’autres personnes utilisent leur voix de la manière qu’ils choisissent de l’utiliser, et je fais de même. Je ne suis pas aussi protectrice avec ma célébrité que je le suis avec mes fans et leur équité en tant que jeunesse LGBT.
 
Et bien, merci pour ça. J’aurais adoré que cet album sorte lorsque j’étais enfant, ça aurait fait une différence.
Merci. Je suis vraiment heureuse que tu m’aies demandée ça car je crois que les gens ont peur de dire ‘Born This Way, tu sais, n’étais peut être pas pour tout le monde…’
 
Il y a des gens qui ont dit ‘Comment ose-t-elle dire qu’elle est une icône gay ?’
Mais… mais… mais… mais, où ai-je dit que je suis une icône gay ? Je n’ai jamais dit que je suis une icône gay. Quand est-ce arrivé ? Est-ce que ces paroles sont sur l’album ? Absolument pas. Je ne me considère même pas… Je ne sais même pas ce que ce mot veut dire. C’est une étiquette qui a été inventée il y a des années. Je suis une… [Pause] Je soutiens les gays.
 
Je crois qu’assez tôt Elton a dit qu’il avait entendu le single, il a dit que c’était incroyable, que c’était un nouvel hymne gay… Nous l’avons adoré au bureau.
Je l’adorais aussi. Et bien sûr instantanément ça a été Madonna contre Gaga, n’est-ce pas ? Je crois honnêtement qu’il n’y a rien qui se ressemble dans nos albums, et tout ce ‘icône gay contre icône gay’ est stupide. Je n’ai pas besoin de prendre le flambeau de qui que ce soit. Cela ne m’intéresse pas. Je suis ici et ils/elles sont là-bas et si vous vous sentez connectés à ce que je fais la porte est ouverte pour que vous veniez et qu’on profite ensemble. Mais ce besoin de compétition est tout ce que Born This Way n’est pas ! Born This Way parlait de se retrouver. C’est presque comme si on croyait que j’essayais de voler l’étiquette. L’intention de mon travail était exactement ce travail. Ecoutez les paroles, écoutez la chanson. Je pensais chaque mot que j’ai dit. Si je pouvais remonter le temps, je ferais exactement la même chose. Si tout le monde croit que je ne peux pas supporter les foudres, alors ils n’ont aucune idée des foudres que j’ai subi avant de faire l’expérience de tout ça.
 
Lorsque Madonna a fait cette chanson, est-ce ça t’a blessée ?
Quelle chanson ?
 
Lorsqu’elle chantait Express Yourself dans sa tournée MDNA et qu’elle chantait une partie de Born This Way ?
[Elle fait une pause] Hmmmmm. [Elle pose sa tasse de thé] Je dois être très honnête, j’étais complètement étonnée que Madonna chante ma chanson sur scène tous les soirs ! Je ne pense à personne d’autre que mes fans et moi lorsque je suis sur scène. Juste le fait que je sois dans son esprit. Je veux dire, Madonna… c’est Madonna. Je l’ai admirée pendant longtemps. Je ne suis pas très sûre de son intention – lorsqu’elle faisait ça dans son show, mais je m’en fous un peu. Je pense que jouer dans les ragots des journaux et, être la chair à canon de la compétition, cela ne me concerne pas. Elle choisit d’utiliser sa voix d’une façon et je choisis d’utiliser la mienne d’une autre façon. Tout ce que ça voulait dire pour moi c’est que Madonna Ciccone chantait ma chanson sur sa scène et je n’ai que 27 ans ! Et en tant que rocker punk de New York, j’ai en gros espéré que je deviendrais tellement bonne que je ferais chier Madonna !
 
Que penses-tu de l’idée que Hillary Clinton puisse être Présidente ?
J’adore cette idée. J’aime bien sûr l’idée qu’une femme soit Présidente. Nous progressons beaucoup. A cette époque de médias sociaux et avec la manière dont l’information circule, je pense que ce serait bien d’avoir l’empathie et la compassion d’une femme aux commandes.
 
Qui est la première personne gay que tu aies connue ?
Mon dieu c’est impossible pour moi de répondre. J’en ai connu tellement. Je savais qu’ils étaient gays mais ils ne me le disaient pas, est-ce que ça compte ? J’étais très jeune. J’avais des professeurs au lycée qui étaient gays, mes professeurs de musique – l’un d’eux était gay. Tu le devines au final si quelqu’un mentionne quelque chose. L’idée pour moi était que tous mes amis soient à l’aise sur le fait d’être ouverts sur les sujets les concernant.
 
Etais-tu consciente de ce traumatisme, que certains avaient des difficultés à être à l’aise avec eux-mêmes et à faire leur coming-out ?
Ouai. Je me rappelle une fois j’étais en cours d’art dramatique le weekend, j’ai 12 ou 13 ans, et il y avait beaucoup de gosses gays dans cette classe. Je me rappelle qu’un jour alors que nous étions tous en train de partir, ce mec était en train de pleurer. Il avait l’air très triste. Je lui ai demandé « Qu’est-ce qui ne va pas ? » et il a dit « Je suis juste très nerveux, » et j’ai dit « Pourquoi ? » et il a dit « Je vais chez le docteur et lorsque tu es gay, il y a toute une série de questions qu’on te pose, comme es-tu gay et on te fait des discours sur le sexe. » Il a dit « Je ne suis pas encore tout à fait à l’aise avec le fait que c’est ce que je ressens à cause de ce que cela signifie dans notre communauté et je me sens aussi mal à l’aise lorsqu’ils posent des questions car ce ne sont pas les mêmes questions qu’ils posent aux autres. » Je me rappelle juste que j’étais très jeune et que ça m’a beaucoup affectée. Je me rappelle m’être assise avec lui, l’avoir pris dans mes bras et lui avoir dit, « Hey, tu sais, ce sont des choses qui arrivent et ça va aller, vas à ton rendez-vous et si les questions te dérangent, roule les yeux. Si tu as envie de crier, alors crie et passe cette épreuve et sache qu’on sera tous là lorsque tu auras fini et que ça ira. Tu es comme tout le monde. » Même les docteurs à cette époque – c’était il y a plus de dix ans – n’avaient malheureusement pas le meilleur tact pour poser ce genre de questions, encadrer les choses, être compatissants, pour demander à quelqu’un s’il était gay alors qu’il n’avait pas encore fait son coming-out. Ces expériences m’ont ouvert les yeux et c’est devenu une partie de ma vie et de mes amitiés de se soutenir les uns les autres. Mes amis me soutenaient. J’avais beaucoup d’addictions, beaucoup de problèmes alimentaires, j’étais dépressive et j’avais une inhabilité à me relaxer à cause des bruits créatifs dans mon esprit. Ils m’ont vraiment aidé à traverser ça alors je les ai aidé à traverser ce qu’ils ressentaient. Cultiver la compassion a commencé pour moi bien avant que The Fame ne sorte. Maintenant, après Born This Way, c’est comme si je savais que ces gosses [ses jeunes fans] étaient tous comme ce gosse avec qui je suis allée à l’école, qu’ils étaient jeunes et qu’ils se sentaient mal à l’aise, ils n’avaient personne à qui parler. Et j’ai juste dit « Maintenant, vous savez que pour les deux prochaines années et avec un album entier, je vais leur faire sentir qu’ils ont quelqu’un à qui parler. »
 
Que ressens-tu du fait d’être si vulnérable à une si grande échelle ?
Ca fait peur, mais c’est bon. Oui ça me rend nerveuse mais en même temps, je pense que je brille sous la pression, vraiment. Alors pour tous ceux qui aboient constamment en essayant de dire que Lady Gaga est finie, sachez que les balles tombent à l’arrière de ma bouche. Je garde toutes les dents que vous m’avez fait avaler pour les recracher. Cela me rend plus forte.
 
Comment cela est-il de travailler avec [la légendaire artiste performeuse] Marina Abramovic ?
Elle m’a sauvée la vie. Je ne sais pas si tu es un grand fan d’elle mais je l’adore. Son mantra sur la performance de l’art est de créer cette relation interactive entre l’art et le public, l’art en face de toi a en fait une réaction à ce qui l’entoure contrairement à un Matisse qui ne réagit pas face à toi. Je suis plus sobre que je ne l’ai jamais été en cinq ans et c’est grâce à elle.
 
As-tu fait les programmes en 12 étapes ?
Non, pas vraiment, car je ne suis pas complètement sobre. Non je n’ai pas fait ce genre de choses.
 
Tu sais ce que sont ces trucs ?
Bien sûr, mais ça ne fonctionne pas pour moi. Tu sais, j’ai essayé la thérapie. Je l’ai fait et je n’ai pas honte d’en parler car je veux que mes fans et je veux que tout le monde parle de ça parce qu’une fois que ça sort, on peut tous se soutenir les uns les autres et arrêter d’agir comme si on devait être gêné. [Pause] Je fumais 15 joints par jour. Pas de tabac. Par jour. C’est une habitude que j’ai prise lorsque la douleur à ma hanche était trop importante. Je m’engourdissais encore et encore puis je dormais et je montais sur scène, je jouais avec la douleur, puis je descendais et je fumais encore et encore et encore, en ne sachant pas ce qu’était la douleur. Comme si je savais ce qui me fait le plus mal, tu sais ? Je cassais cette habitude, puis j’y retournais et je la recassais et j’y retournais. Jusqu’à ce que je sois avec Marina et qu’elle dise « OK, tu viens chez moi, pas de télévision, pas d’ordinateur, pas de marijuana, rien, pas de nourriture. Pendant trois jours, seulement de l’art. Tu ne te nourris que d’art. » Je suis une dure à cuire et je ferai tout ce qu’elle me dira. Elle m’a mis dans les bois pendant trois heures les yeux bandés et elle a dit « J’ai besoin que tu retrouves le chemin de la maison. Nous serons là en silence pour être sûrs que tu ne tombes pas d’une falaise, » parce qu’il y avait des falaises, tout autour. Les yeux bandés. Alors j’ai marché et j’ai commencé à pleurer sous le bandeau car je n’avais pas été connectée à la Terre depuis si longtemps. Je sais que ça peut sonner comme un truc de hippie, mais tu sais je suis tout le temps enfermée et souvent sur scène. Juste être moi, avec la forêt et le son des arbres et des oiseaux et de l’eau qui coule, il n’y avait rien que moi et mon pur talent pour me sauver. Je ne suis pas tombée une seule fois. J’ai trébuché mais je ne suis pas tombée. J’ai escaladé des rochers, des troncs d’arbres, j’ai déchiré ma peau, été piquée partout par les moustiques mais je ne sentais rien car c’était pour l’art et pour Marina et pour moi. Lorsque quelqu’un te dit que tu dois abandonner tes addictions pour toi, ou pour ta famille – bien que j’adore ma famille plus que tout, ils ne me demanderaient même pas ça car ils comprennent ce que je ressens, du fait d’être beaucoup isolée. Ils comprennent que c’est stressant, et que l’herbe me calme parfois et rend ça plus amusant pour moi, pour être franche ; pas si stressant, pas si paranoïaque. Mais lorsque j’étais dans les bois, et que c’était « fais le pour l’art, » j’étais en manque. Pendant des semaines entières je n’ai pas fumé du tout. Et maintenant je fume un peu le soir, juste pour le fun, pas pour faire face. C’est là la différence. Marina était la seule personne qui pouvait me faire faire ça et ce n’était pas prévu pour être de la désintoxication. En attendant, je suis en manque de rester dans une rivière glacée pendant une heure. [Elle rit, et imite l’accent serbe] « Ne bouge pas un muscle Gaga, ne bouge pas. Tu restes là. Scène géniale, on filme. » Je transpire, je sens les tremblements, les muscles qui se contractent, la nausée de ne pas fumer, la sueur qui dégouline sur mon visage. Ma détermination en tant qu’artiste est tellement plus forte que n’importe quel manque, plus fort que n’importe quelle drogue. Je peux faire ça et je l’ai fait.
 
Sais-tu d’où ça vient pour toi ? [Cette douleur qui provoque l’addiction]. Un traumatisme ?
Oui c’est d’un traumatisme. J’ai traversé des expériences terribles tôt dans ma carrière en rencontrant des porcs dans l’industrie de la musique, en essayant de faire écouter ma musique à quelqu’un qui me prenne au sérieux en tant que compositrice, plutôt que d’essayer de me faire les sucer.
 
Tu as dit « Personne ne sait à quel point j’ai souffert avant. » C’est de ça dont tu parles ?
Oui, c’était vraiment dur. J’avais 19 ans. Je ne savais même pas encore ce que cela signifiait d’être dans le monde réel. Tu es soudain plongée dans un business et tu te dis « Est-ce que c’est ce que font les adultes ? Est-ce que je suis censée faire ça ? Est-ce juste la culture de l’industrie de la musique ? » Puis tu te dis « Oh ce n’est pas si terrible. » Alors la peur s’en va par assimilation et tu passes de « J’ai des ennuis » à « Maintenant je me sens perdue et vide et idiote. » Lorsque vous avez vu la première Lady Gaga – moi – elle était un tel vaisseau vide et tous les artifices sont ce qui m’ont sauvée. Mais maintenant je suis guérie et vous allez voir la véritable Gaga.
 
Plus dépouillée, plus centrée sur toi-même, moins dans les tenues géniales ?
Bien, nous faisons toujours les tenues géniales, c’est la façon dont on fonctionne et ce que nous choisissons de faire. C’est bien plus compliqué que cela. Les gens croient que c’est soit / ou. Elle porte soit des tenues folles ou pas. Ce n’est pas vraiment ça, c’est plutôt la forme de la tenue, la manière dont elle tient, quel est le point, quelle chanson. Je préférerais ne pas expliquer. Je veux qu’ils voient et en profitent. C’est de la pop musique, c’est amusant. Décompressez. Relaxez-vous.
 
L’interview se termine et l’un de ses assistants entre et nous restons assis encore durant 15 minutes alors qu’elle me montre des piles de photos promotionnelles. Feuilleter les folles photos de Gaga et quelque chose que nous avons fait un nombre incalculable de fois chez Attitude, comme tout le monde, remarquant son impudence, les nouvelles idées, celles que nous aimons, celles que nous n’aimons pas. C’est intense lorsqu’elle est assise à côté de vous. « Oh » gémit-elle, « c’est beau ça ». Un autre clic et elle halète dans une extase presque sexuelle « Uggggh. J’adore ce truc. » Elle n’est pas mentalement en train de se masturber sur elle-même, c’est l’image qu’elle aime, la vivacité d’un bleu, la ligne de coupe d’une tenue qu’elle commente.
A l’extérieur de l’hôtel, je reste à regarder la foule des monstres désespérés d’apercevoir leur idole. Après une demi-heure, elle apparait sur les marches de l’hôtel et provoque une hystérie. Des hurlements. Il y a des appels assourdissants de « Gaga ! », des vieux photographes de l’Essex sont poussés du chemin par la force des monstres. « C’est une putain de perte de temps » maudit l’un d’eux. Devant, ceux qui ont été là assez longtemps supplient pour avoir une photo avec Gaga avec l’urgence contenue de quelqu’un négociant une prise d’otages. Derrière, d’autres font le tour de la foule en courant pour un meilleur point de vue comme des lionceaux désespérés de se nourrir d’une proie. Au lieu de crucifix et de rosaires, ils tendent des téléphones portables. La scène est folle. Mais si c’était Lennon, le grand public comprendraient, si c’était le Pape, les médias respecteraient, si c’était Thatcher, la droite le célèbrerait. Mais c’est Gaga et elle leur appartient. Une touriste me demande « qui est-ce ? », « Lady Gaga » lui dis-je et elle pousse un cri perçant et se joint à la foule d’adolescents. Tellement de garçons. Efféminés, arty, sensibles ; habillés de manière créative, maigres, un mec joufflu avec une casquette, des lunettes de soleil et une immense chaine en or, des adolescents qui ne comprennent peut être pas encore à quel point ils sont intéressants et combien ils ont à offrir au monde, peut-être, par rapport aux gosses de l’école qui les ont fait se sentir comme des moins que rien. Elle entre dans sa voiture, des paparazzis sur des motos foncent derrière elle, en klaxonnant, encore une agression de la part d’hommes hétéros. La foule pousse des cris, certains se dispersent, certains s’accrochent pour respirer son énergie. D’autre contrôlent leur téléphone pour revivre ce moment. Certains se prennent dans les bras et pleurent, bouleversés. Des garçons gays et leurs meilleures amies hétéros se regroupent, certains tremblent, ils partagent ce moment. On dirait que douter d’elle est la chose la plus folle de toutes.
 

Traduction par Christelle

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