17 Nov 2021

Lady Gaga pour VOGUE // MAJ : traduction disponible !

La promo du film House Of Gucci semble être lancée ! En effet, Lady Gaga fait la couverture des magazines Vogue Italia et British Vogue pour les mois de novembre et décembre 2021, elle y révèle plus de détails sur son rôle en tant que Patrizia Reggiani.


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MAJ : la traduction de l’interview est désormais disponible !

Dans un studio sans fenêtre de Chelsea, Manhattan, les plumes roses ornant une bottine volettent sous la brise d’un ventilateur. « Elle arrive dans 10 minutes, » me dit un charmant agent de sécurité, en passant la tête à travers la porte, alors que quelques assistants se déplacent silencieusement vers un antre de haute-couture fabuleuse, temporaire et chatoyante.
 
Fraichement livrés des shows de Paris et Venise, on trouve des rails de soies Valentino en améthyste et fuchsia électriques, du velours Schiaparelli noir d’encre et ourlé d’or étincelant, des brocarts Chanel, des tricots Louis Vuitton blanc polaire, des parures faites de métal, cuir et plumes, une centaine de paires de talons de toutes les hauteurs, et table après table un arc en ciel de foulards, gants et bijoux. J’aperçois même des collerettes élisabéthaines. Nous sommes là pour les essayages de Lady Gaga pour Vogue, bien entendu. « Commençons avec quelque chose de fabuleux, » dit Edward Enninful, l’éditeur en chef du Vogue britannique, comme s’il pouvait en être autrement.
 
Naturellement, 10 minutes vont et viennent, et enfin – à un point indéterminé en temps de superstar – la porte s’ouvre enfin pour voir émerger une silhouette d’un mètre 57, vêtue d’une longue robe noire d’été en crochet et d’impossiblement hautes plateformes en cuir noir. C’est une curieuse expérience de rencontrer une légende de la culture pop qui vous donne sa quintessence et Gaga ne déçoit pas. Les photos d’elle prise il y a quelques minutes lorsqu’elle sortait de la voiture pour entrer dans le bâtiment, avec ses talons de 23 centimètres, tournent déjà partout dans le monde. « Faisons de la magie ! » dit-elle en guise de bonjour.
 
Avec d’innombrables moments de mode, 12 Grammys, un Oscar et l’ascension vers la célébrité la plus explosive du 21ème siècle, Stefani Germanotta fait partie – depuis plus d’une décennie déjà – des personnes les plus connues de la planète. Et mon dieu qu’elle sait en jouer. Après avoir enlevé ses lunettes de soleil, elle jette ses bras bronzés et tatoués autour de nous dans une série de câlins chaleureux, puis passe au travail. « Quoi que je porte, » dit-elle devant le groupe, de sa voix trainante caractéristique, sérieuse et saupoudrée de légèreté, « je servirai le douloureux glamour italien de l’intérieur. »
 
Bien sûr. Ce mois-ci, la reine de la pop – âgée de 35 ans et transformée en actrice nommée aux Oscars – apparaitra dans son deuxième rôle en tête d’affiche, dans House of Gucci, récit du réalisateur Ridley Scott sur l’un des crimes les plus fameux de la fin de 20ème siècle. Dire que les attentes sont hautes ne rend pas justice au projet. Gaga – comme tous ceux qui ont passé un moment sur Internet ces six derniers mois le savent – jouera le rôle de Patrizia Reggiani, ex-femme de Maurizio Gucci et mondaine qui, en 1998, a été condamné pour avoir engagé un tueur à gages ayant assassiné Maurizio alors qu’il pénétrait dans ses bureaux de Milan, un matin du printemps 1995.
 
Le crime comprenait tellement d’argent et de péché originel qu’il a secoué l’Italie et le monde, et a envoyé des ondes de choc dans toute l’industrie de la mode. On peut dire sans trop s’avancer que la bande-annonce, que Gaga nous montre sur son ordinateur portable (nous sommes à quelques jours de la sortie mondiale de la bande-annonce, qui sera vue à l’excès 10 millions de fois), donne le ton. « Au nom du père, du fils et de la Maison Gucci, » entonne Gaga dans le rôle de Reggiani, les cheveux bruns crêpés au maximum, cigarette à la main, alors qu’elle fait le signe de croix vêtue d’une robe à gros pois roses. Elle se regarde sur le petit écran, s’amusant des exclamations de l’équipe assemblée. « J’ai l’air tellement différente, » dit-elle, intriguée par sa propre image.
 
Quelques semaines plus tard, je l’appelle en visio-conférence chez elle sur la côte Ouest. Sans jamais manquer une opportunité de travailler sur son propre mythe, elle apparait devant l’écran au beau milieu d’une chanson. « Tu m’as eu en plein milieu ! » dit-elle, après avoir terminé quelques phrases de « Night and Day » de Cole Porter. C’est difficile de ne pas apprécier l’engagement d’une chanteuse, surtout lorsqu’elle est assise dans un joli bureau rose, complété par un piano et un coin maquillage, et un mur rempli de talons aiguilles du sol au plafond, juste derrière elle. « Bien, tu sais, il fallait bien que je mette quelque chose sur les murs, » dit-elle, pince-sans-rire.
 
Elle porte un « t-shirt vieux-rose », dont elle ne se rappelle plus la provenance, et une paire de leggings noirs. « C’est un collier que mon petit-ami m’a offert, d’un magnifique magasin artisanal à San Francisco, tout comme ces boucles d’oreille, » dit-elle. Sa mère, Cynthia, vient prendre le thé plus tard, et elle est d’humeur sereine de mi-journée. Elle a tiré deux longues mèches miel-brun de son chignon, qui pendent sur son visage délicieusement maquillé, donnant à toute cette expérience un côté drame étudiant plus intense. L’artiste au repos, si vous préférez.
 
Tout cela fait sens. « Cela fait trois ans que j’ai commencé à travailler dessus, » dit-elle de House of Gucci, « et je vais être complètement honnête et transparente : j’ai vécu comme elle [Reggiani] pendant un an et demi. Et j’ai parlé avec un accent durant neuf mois. » Hors caméra aussi ? « Hors caméra aussi, » confirme-t-elle, solennellement. « Je n’ai jamais arrêté. Je suis restée avec elle. »
 
« C’était presque impossible pour moi de parler avec un accent en étant blonde, » continue-t-elle. « J’ai instantanément teint mes cheveux, et j’ai commencé à vivre d’une manière où tout ce que je voyais, tout ce que je touchais, j’y voyais de l’argent. J’ai commencé à prendre des photos aussi. Je n’ai aucune preuve que Patrizia était photographe, mais j’ai pensé – comme un exercice – à lui trouver des passions dans la vie, alors j’emmenais mon appareil photo partout où j’allais. J’ai remarqué que Patrizia aimait les belles choses. Si une chose n’était pas belle, je la supprimais. »
 
Gaga dit que si la vie ne l’avait pas amenée vers la robe en viande et les tournées des stades, elle aurait aimé devenir reporter, et c’est avec une approche artistique et journalistique qu’elle a reconstitué Reggiani. (Il faut noter que Reggiani est toujours en vie, qu’elle réside à Milan et qu’elle est parfaitement capable de parler à la presse elle-même. On dit qu’elle est ravie qu’un nom si éminent incarne son rôle, bien qu’elle ait dit à un journaliste plus tôt cet été – l’autoglorification non affectée par le fait d’avoir servi 18 des 26 années de prison auxquelles elle a été condamnée pour avoir fait assassiner son ex-mari – : « Je suis très ennuyée par le fait que Lady Gaga joue mon rôle dans le nouveau film de Ridley Scott sans avoir eu la prévenance et la sensibilité de venir me rencontrer. »)
 
Alors tu ne l’as pas rencontrée ? demandé-je à Gaga. « Tu sais, » répond-elle, « j’ai senti que je ne pourrais rendre justice à cette histoire qu’en l’approchant avec le regard d’une femme curieuse intéressée par un esprit journalistique afin de pouvoir lire entre les lignes des scènes du film. » Elle semble vouloir que les choses soient claires comme le cristal. « Ça signifie que personne n’allait me dire qui était Patrizia Gucci, » dit-elle catégoriquement. « Pas même Patrizia Gucci. »
 
Aussi près de sa sortie, le film en lui-même est toujours étonnamment couvert de secrets. Lors de notre rencontre, Ridley Scott n’avait même pas encore autorisé Gaga à voir un extrait. Elle dit qu’elle lui fait « entièrement confiance » et que par « respect » elle ne veut pas trop en dire. Néanmoins, après quelques flatteries, je parviens à établir que Gucci débutera au début des années 70, lorsque Patrizia (née pauvre à Vignola, en Italie du nord, mais dont la vie a changé grâce à l’argent de son nouveau beau-père, ayant fait fortune dans le transport routier) rencontre pour la première fois Maurizio Gucci dans le monde de la nuit milanais. Poussée par sa mère, Silvana Barbieri, Reggiani drague Maurizio qui avait tout : fortune, physique, nom. (« Il est tombé follement amoureux de moi, » a dit Reggiani. « J’étais excitante et différente. »)
 
Personne ne doute que la romance fut intense. « Elle l’aimait aussi, » dit Gaga. Bien que le père de Maurizio, Rodolfo – fils du fondateur de la compagnie Guccio Gucci – ait eu des doutes sur l’éducation de Reggiani, ils se marièrent en 1972. (La mariée portait du Gucci, naturellement, une concoction à col haut et longues manches qui, si l’on se fie aux photos des paparazzi sur le tournage du film, a été mise au goût du jour pour quelque chose de plus osé pour Lady Gaga.)
 
Durant les années 70 et au début des années 80, les jeunes Gucci étaient de beaux et charismatiques nouveaux mariés à la dérive sur une mer de luxe. Deux magnifiques filles, un célèbre yacht (le Creole) et une place permanente sur la liste du Studio 54, leur vie était vécue sur le fil du glamour. En plus du penthouse de l’Olympic Tower à New York, de la villa à Acapulco, du chalet à Saint Moritz et de la ferme du Connecticut, il y avait la passion à 8000 livres sterling par mois de Patrizia pour les orchidées, son amitié avec Jackie Kennedy, sa collection de bijoux de plusieurs millions de livres sterling, les fêtes, les palaces, les plaques d’immatriculation personnalisées pour les voitures ornées d’un légendaire « mauizia » (en terme de combinaison de mots, le couple était en avance sur les Brangelina).
 
Mais en 1983, le fantasme a faibli. Après la mort de Rodolfo, Maurizio – son fils unique – a pris le contrôle de 50 pour cent des parts de la compagnie (le reste appartenait à Aldo, le frère de Rodolfo), et la guerre familiale a commencé sérieusement. Reggiani, qui se voyait alors plus Gucci que les Gucci, était à couteaux tirés avec son mari aussi souvent qu’avec ses cousins, et le mariage est tombé à l’eau – il l’a quittée en 1985. Elle n’a pas bien pris les choses : lorsque Maurizio a cessé de prendre ses appels, elle s’enregistrait pestant contre lui et faisait envoyer les enregistrements à son appartement sur le Corso Venezia.
 
La vie n’était pas plus rose au travail. C’est l’époque où la célèbre et parfaite licence Gucci, allant des clubs de golf aux serviettes à thé, a été sous-traitée par des fabricants tierces pour économiser de l’argent. Maurizio était déterminé à reprendre le contrôle, à rétablir la qualité sans égal des cuirs sur laquelle la famille avait bâti sa fortune originale, et a commencé à chercher de nouveaux investissements. Mais au milieu de sa querelle avec Aldo (qui a fini en prison pour fraude fiscale) et ses cousins, le lustre de ce qui fut une grande maison s’est éteint dangereusement.
 
Son ambition de côté, les plans de Maurizio ont provoqué sa chute. Il était incapable de faire entrer assez d’argent pour couvrir ses dépenses luxueuses et, en 1993, il a vendu toutes ses parts à Investcorp pour 120 millions de dollars – mettant fin à plus de 70 ans de règne de la famille Gucci sur sa propre marque. Patrizia, qui était restée au centre malgré les drames, et toujours légalement sa femme, s’est enflammée de ce qu’elle a elle-même décrit comme une « rage ». Les choses n’ont pas été aidées par le fait que, trois ans plus tôt, il avait débuté une relation avec la mannequin puis décoratrice d’intérieur Paola Franchi, une amie d’enfance qui avait assisté à son mariage avec Patrizia. Alors que le divorce se profilait, Patrizia voyait son mari, son nom, sa fortune et son statut partir en fumée. La situation était une vraie poudrière.
 
Cela a captivé Gaga : “J’ai développé une fascination pour le parcours de cette femme. » Elle a passé plus d’un an à examiner des articles de presse et des enregistrements de Reggiani, bien qu’elle n’ait pas lu le livre de Sara Forden : The House of Gucci: A Sensational Story of Murder, Madness, Glamour, and Greed, sorti en 2000, sur lequel le film est basé. « Je ne voulais être influencée d’aucune manière que ce soit. » Scott lui avait originellement fait parvenir le script en 2018, peu de temps après la sortie de A Star Is Born, sa triomphante entrée dans le monde d’Hollywood. Avec sa femme et partenaire de production, Giannina Facio, il avait entamé un long safari avec ce projet, tour à tour réalisateur ou non, avec Angelina Jolie, Penelope Cruz et Margot Robbie diversement attachées à jouer Reggiani. Mais les étoiles se sont alignées pour Gaga : « Et pourquoi pas jouer une salope subversive, sexy, risquée ? » se rappelle-elle avoir pensé. « Une croqueuse de diamants italienne ? »
 
Lorsque les producteurs de Gucci se sont mis d’accord sur un rétroplanning pour que les acteurs délivrent leurs dialogues dans un anglais teinté d’un fort accent italien, Gaga savait que s’approprier la voix de Reggiani était la clef. Elle a travaillé dessus sans arrêt. “J’ai commencé avec un dialecte spécifique de Vignola, puis j’ai travaillé sur une manière plus mondaine de parler, plus appropriée pour des endroits comme Milan ou Florence, » explique-t-elle. « Dans le film, vous entendrez que mon accent est légèrement différent selon la personne à qui je parle. » La bande-annonce a fait sourciller en Italie, où l’on s’inquiète que ce soit encore une bande d’acteurs américains parlant de manière caricaturale. Gaga, l’une des citoyennes italo-américaines les plus connues, est sensible à ce sujet. « C’était l’expérience d’une vie pour moi de faire ce film, car à chaque instant je pensais à mes ancêtres en Italie et à ce qu’ils avaient dû faire pour avoir une meilleure vie. Je voulais les rendre fière, et c’est pour cette raison que j’ai pris la décision de jouer une vraie femme et non l’idée d’une mauvaise femme. »
 
Donc elle est entrée dans l’esprit d’une meurtrière. Les Gucci ont finalement divorcé en 1994, et alors que Maurizio prévoyait d’épouser Franchi, ce qui aurait réduit de moitié la pension alimentaire de Reggiani qu’elle décrivait comme un « bol de lentilles » (860.000 dollars par an), ses diatribes enregistrées sont devenues de plus en plus dérangées et menaçantes. Sur l’une d’elle, jouée plus tard au tribunal, elle vitupère contre lui : « L’enfer va s’ouvrir pour toi. » Elle a ensuite cherché conseil auprès de sa meilleure amie Pina Auriemma, une extralucide napolitaine, qui en retour a engagé un tueur à gages : Benedetto Ceraulo, propriétaire d’une pizzeria avec des problèmes d’argent. Une claire matinée de mars 1995 à 8h30, Ceraulo a mené à bien l’instruction de Reggiani d’assassiner le père de ses enfants. Il avait 46 ans. Reggiani a été condamnée trois ans plus tard et relâchée sur parole en 2016. Ses filles, Alessandra et Allegra Gucci, ont d’abord soutenu leur mère, croyant que son attitude était due à une tumeur bénigne au cerveau qu’on lui avait retirée. Mais après de nombreuses années, on rapporte qu’elles ne se parlent plus.
 
C’est beaucoup à encaisser, n’est-ce pas Gaga, dis-je. Tout ce strass, toute cette tristesse. N’étais-tu pas nerveuse d’être impliquée là-dedans ? Comme toujours, elle y a trouvé une mission. Une raison. « Je ne souhaite pas glorifier une personne qui commet un meurtre, » dit-elle. « Mais je souhaite rendre hommage aux femmes à travers l’histoire qui sont devenues des expertes en survie, et aux conséquences malheureuses d’être blessées. J’espère que les femmes qui regarderont ce film réfléchiront à deux fois et réaliseront que blesser les gens blessent d’autres gens. Et que c’est dangereux. Qu’arrive-t-il à quelqu’un, » demande-t-elle, « lorsque cette personne est poussée à bout ? »
 
La potentielle réponse à cette question se trouve dans le tournage. Il a commencé en février à Rome, avec un casting qui inclut Adam Driver, dans le rôle de Maurizio, Jeremy Irons dans celui de Rodolfo, Al Pacino dans celui d’oncle Aldo et Jared Leto dans le rôle du cousin Paolo. Dans une Italie touchée par les confinements, et avec des paparazzi partout, Gaga – sous la coupe de la technique Susan Batson (son professeur d’art dramatique, qui était elle-même sur le tournage, était l’étudiante de Lee Strasberg), dit qu’elle est entrée tellement dans le personnage qu’elle a commencé à perdre pied avec la réalité. « J’ai eu des difficultés psychologiques à un moment vers la fin du tournage, » explique-t-elle, en prenant soin de choisir ses mots. « J’étais soit à l’hôtel, en train de vivre et parler comme Reggiani, ou j’étais sur le tournage, à vivre et parler comme elle. Je me rappelle être sortie un jour avec un chapeau sur la tête pour aller faire un tour. Je ne l’avais pas fait depuis deux mois et j’ai paniqué. » Elle ne calculait plus du tout le monde réel. « Je croyais être sur un plateau de tournage. »
 
Salma Hayek – qui joue Pina Auriemma – me décrit le travail de Gaga comme une « folie délicieuse. » « C’est très glamour, » dit-elle du film, « très clinquant, et je n’ai vu que très peu de fois ce degré de passion chez un acteur, » dit-elle, impressionnée. « Elle est vraiment engagée. » Était-ce épineux de travailler avec elle ? « Ce n’était pas un cauchemar ! » répond-elle, en riant. « C’était fascinant. Elle était magique. Un génie. »
 
Gaga est plus modeste. « Nous étions au milieu d’une prise et Salma disait ‘Oh, cette p*tain d’actrice de l’Actors Studio est là. Tu sais, elle ne me parle pas en ce moment.’ Je faisais un travail de mémoire sensorielle à côté d’elle, et elle se moquait de moi. Et je ne riais pas. Lorsqu’on a terminé la scène, je me suis tournée vers elle et j’ai dit ‘Tu es ridicule !’ et j’ai commencé à rire avant de l’embrasser. C’était un plateau génial, mais je suis très sérieuse quand je travaille. »
 
Elle rit en se rappelant ce moment. Je ne veux pas être rabat-joie, dis-je, mais ça doit être difficile pour ta famille de te perdre si longtemps ? Voir sa fille, sa sœur, sa petite-amie devenir une mondaine meurtrière milanaise durant des mois ? Elle acquiesce doucement. « Il y a eu des silences et une déconnection pendant un moment, » me dit-elle.
 
Elle dit qu’elle a laissé tomber l’accent dès la fin du tournage, mais d’autres choses sont restées. « Tu finis par avoir leur ton et leur attitude, mais ce n’est pas une imitation, tu deviens ce personnage. Je me souviens que lorsque nous avons commencé à tourner, je savais que j’étais devenue « elle » – et je savais que le plus grand défi serait de sortir de ce rôle. » Elle en ressent profondément le poids. « C’est mon propre parcours en tant qu’artiste et je le gère, Giles. Et je me demande ‘Est-ce sain, la manière dont tu fais ça’ ? » Elle hausse les épaules ; résignée, consciente d’elle-même, peut-être même un peu fière. « Je ne sais pas faire autrement. »
 
Elle passe en mode réflexion. « J’ai 35 ans désormais, » dit-elle en riant. « Lady Gaga a 35 ans. Je me sens vieille ! » Jamais trop vieille pour une tournée de presse. Pour l’éclat pur d’Hollywood, ses apparitions pour A Star Is Born étaient probablement les meilleures des tapis rouges des dernières années (toute cette soie pervenche), et elle est prête à recommencer. « J’adore voir les gens, » dit-elle. « J’apprécie tellement la manière dont le public m’adore depuis presque deux décennies. Que je chante, joue ou sois sur un tapis rouge, j’aime faire sourire le public. »
 
Assurément, elle a conservé sa combinaison grisante de sincérité de d’excentricité : « Bien que l’âge ne soit qu’un nombre, ce que je ressens par-dessus tout c’est l’amour de la communauté artistique, et du collectif artistique, » dit-elle, en ajoutant que je dois délivrer ce message d’elle « au monde ». En janvier, elle a chanté à l’inauguration de Joe Biden. « C’est l’une des journées dont je suis le plus fière de toute ma vie. Comme beaucoup de gens en Amérique, je ressentais une grande peur lorsque Trump était président, et faire sortir le 45ème tout en faisant entrer le 46ème est quelque chose dont je pourrai parler à mes enfants. » Elle sourit. « Chanter dans une robe pare-balles Schiaparelli. Je ne sais pas si les gens les savent, mais si je n’étais pas où je suis aujourd’hui, j’aurais été journaliste de terrain. C’était l’un des mes rêves. Lorsque j’étais au Capitol, le jour précédant l’inauguration, je me souviens avoir fait le tour et cherché des preuves de l’insurrection. »
 
Le bonheur, si souvent un étranger pour elle, est revenu. « Durant longtemps j’ai pensé que je ne guérirai jamais d’être devenue célèbre aussi jeune, et de ce que cela a fait à mon cerveau, » dit-elle. « Mais je me sens prête à me déclarer entière. Nous ne serons jamais tous vraiment entiers, » se corrige-t-elle. « Mais c’est certainement assez. J’ai beaucoup de gratitude pour la joie. » Est-ce nouveau ? « C’est récent, oui. Je dirai depuis deux ans. » Gaga – la quintessence de la New-Yorkaise – vit désormais la plupart du temps à Hollywood, avec son petit-ami Michael Polansky, directeur exécutif de la philanthropique Parker Foundation, où son travail se focalise sur les sciences, la santé publique et les arts. Elle adore ses chiens et dit qu’ils vont bien maintenant, après avoir été enlevés et son promeneur blessé par balle (non fatalement) dans une série d’évènements choquants en début d’année. « Oui, ils vont bien, » dit-elle, naturellement encore sous le choc. « Dieu merci. »
 
Son agenda de star de la pop et du cinéma reste intense. En plus de Gucci, elle a joué cette année des classiques du jazz avec Tony Bennet au Radio City Music Hall, et sorti Love for Sale, leur second album de duos de Cole Porter, qui a reçu des critiques formidables. Elle supervise sa Born This Way Foundation, dans sa mission de soutenir le bien-être mental des jeunes et de les encourager à construire un monde plus bienveillant, et elle est totalement éprise de Haus Laboratories, sa marque de maquillage vegan, avec ces jolies palettes et son adoré eyeliner liquide, qui a rapporté plus de 100 millions de livres sterling cette année.
 
Et, bien sûr, il y a Chromatica, son spectaculaire album électro-fabuleux de 2020. Une série de remixes est sortie plus tôt cette année – Dawn of Chromatica – et une tournée postpandémique est au programme. Naturellement, en tant que première cible démographique de Chromatica, je commence à lui dire à quel point il m’a aidé durant le confinement, et elle tente de sourire avant de dire, « Je ne pense pas avoir souffert autant dans ma vie que lorsque j’ai fait ce disque. C’est très dur pour moi de l’écouter. C’est très dur pour moi de chanter ces chansons, mais ce n’est pas parce qu’elles ne sont pas d’incroyables chansons. C’est parce qu’elles viennent d’un trou très, très noir dans mon cœur. »
 
Dans quel état d’esprit étais-tu en enregistrant ? « Je ne voulais plus être moi, » dit-elle, simplement. « Je n’avais plus la capacité de comprendre ce dont j’étais capable en tant que personne. Je n’avais plus le sentiment de valoir quoi que ce soit. Mais je l’ai fait quand même. J’en parlais à un ami l’autre jour, lorsque je traverse des moments difficiles désormais, je me dis toujours avec un sourire, ‘Ouai, c’est dur. Mais c’est encore plus dur lorsque tu as envie de mourir chaque jour.’ Alors je promets de toujours parler de santé mentale, de parler de bienveillance, de compassion et de validation. Je crois sincèrement que l’univers a fait de ça une part de mon histoire afin que je puisse en parler avec le monde. »
 
Durant un moment, la performance de la célébrité s’arrête. « Je sais qu’il ne s’agit pas du monde entier, » dit-elle. « Le monde entier ne sait pas ce que je fais, et ce n’est pas le but. Je parle de quiconque écoute. A quiconque écoute : je t’aime, et si tu souffres, je te promets que ça ira mieux. »
 
Son esprit, néanmoins, retourne vite au monde de Gucci. « C’était aussi une chose qui m’intéressait : qui a tué Maurizio, qui a-t-elle engagé pour le faire ? » dit-elle, toujours fascinée. « Je crois qu’en fait, elle n’a pas dit la vérité à ce sujet. » Gaga regardait des interviews sur YouTube et se disait ‘Tu mens.’ « Dans une interview, elle disait que c’était des voyous, je pense qu’elle voulait dire la mafia. Je me suis demandée pendant un moment si c’était les Camorra qui avaient fait le coup, la mafia de Naples. Alors j’ai pris des décisions secrètes sur ce que j’avais décidé de croire en filmant. »
 
Imagines-tu qu’il y aura un moment – une fois que le film sera sorti, une fois que tu ne seras plus dans l’intensité de tout ça – où tu auras envie de rencontrer Reggiani, lui demandé-je ? Tout du moins, la curiosité ne prendra-t-elle pas le dessus ?
 
S’ensuit une pause significative. « Je ne suis pas entièrement sûre. Je crois qu’il faut un certain quotient émotionnel pour être acteur, » dit-elle, en essayant d’expliquer sa réticence. Cela la ramène aussi vers la noirceur dont elle essaie de se débarrasser. « Ce que j’ai ressenti en jouant ce personnage vers la fin, c’est que lorsque tu tues quelqu’un, tu te tues en fait toi-même. »
 
Elle devient silencieuse et semble pendant un moment être perdue dans ses pensées. Elle cligne doucement des yeux plusieurs fois, de retour dans la réalité de Gaga, loin de Patrizia. « Ce qui me tient le plus à cœur dans tout ça, ce sont ses enfants, » dit-elle, prudemment, « et je leur envoie amour et compassion car la sortie de ce film doit potentiellement être difficile et douloureuse pour elles. Et je ne souhaite que la paix pour leur cœur. » Ses yeux sont de nouveau pleins d’inquiétude. Puis d’espoir. « J’ai vraiment fait de mon mieux pour jouer la vérité. »

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